Ma voix, mon corps, mon choix

CHOIX ivg grossesse

Cela fait presque 3 ans que je n’ai pas écrit de vrai article sur ce blog et la reprise ne sera pas joyeuse je préfère vous prévenir tout de suite.

J’ai longtemps hésité avant d’écrire cet article car il ne correspond pas du tout à l’esprit du blog qui se veut léger, créatif et plein d’espoir. Sera-t-il vraiment approprié ? Est-ce vraiment le bon moment ? Ne serait-il pas trop intime, voire choquant pour certains ? Puis en voyant tout ce qu’il se passe actuellement dans le monde, notamment aux États-Unis, je me suis dit qu’il était peut-être temps de lever le voile et qu’il n’y avait certainement pas meilleur moment pour faire entendre ma voix de femme. Ma voix de femme responsable. Ma voix de femme concernée par toutes ces futures lois qui pourraient aussi nous être imposées dans un futur proche par des Hommes qui pensent avoir un droit sur notre corps.

Nous, les femmes, n’en parlons quasiment jamais.
Ce sujet est limite tabou quand cela vous concerne directement, tellement il fait mal, tellement vous redouter la réaction de l’autre (je ne parle pas du conjoint, mais de l’entourage). Vous ne verrez jamais une personne écrire ce type d’article avec le sourire sans avoir une boule au ventre, sans appréhender les insultes qui viendront certainement de toute part de gens qui ne vous connaissent même pas, votre vie, votre histoire. C’est peut-être pour cela que certains s’imaginent tout et n’importe quoi à propos nous, femmes, qui sommes passées à l’acte. Mais entendre certains discours, lire certains commentaires notamment d’homme (mais aussi de femmes, ce qui est encore plus effroyable) m’a rendu complètement dingue. Ça se trouve, les messages qui suivront mon article vont me donner envie de vomir mais tant pis, je ne peux plus me taire ou laisser des gens qui n’ont pas vécu et ne vivront JAMAIS cela parler à notre place, à MA PLACE.

relation

Il y a 17 mois, j’ai pris une décision qui a radicalement bouleversé ma vie ,j’avoue que la date précise, je ne l’ai plus. Je crois que mon esprit préfère l’oublier.

Aujourd’hui, il aurait eu 8 mois. A peu près. Ou elle, je ne sais pas. 8 mois de couches, de pleures et de larmes, ça par contre, j’en suis certaine.
Il y a plus d’un an, j’étais de nouveau tombée enceinte et ce, malgré des précautions (et oui, faut arrêter de croire que seules les personnes qui ne se protègent pas tombent enceinte. Et on est plus nombreuse que ce que certains peuvent croire car une contraception n’est jamais sûre à 100% que ce soit préservatif, pilule ou stérilet). Sauf que, contrairement à la première fois (qui était aussi un bébé surprise si certaines d’entre vous s’en souviennent), je n’ai pas souri en découvrant le résultat du test de grossesse. Je me suis simplement effondrée. Effondrée car je connaissais l’issue de l’histoire. Effondrée car la décision, je la connaissais déjà et que j’allais devoir passer à l’acte car cette fois, je n’étais pas prête, nous n’étions pas prêts.

Nous venions tout juste de retrouver une stabilité familiale après quelques années compliquées. Nous avions finalement trouvé un appartement cosy qui nous ressemblait avec un espace pour chacun. Je venais de retrouver un rythme professionnel et personnel que j’avais perdu durant des années. Je me sentais à nouveau bien. Puis surtout, nous commencions enfin à trouver notre rythme à trois, chose que nous n’avons jamais vraiment eu au final. Nous avions enfin pu souffler. Nous étions bien, vraiment bien. Puis c’est arrivé.

acte

Ce choix fut le plus réfléchi et le plus difficile de ma vie. J’en ai pleuré des nuits entières. Pleurer devant l’absurdité de la situation. Pourquoi moi alors que je n’ai rien demandé ? Pourquoi moi alors que tant d’autres femmes essayent en vain d’avoir un enfant ? Pourquoi moi ?
Je sais que j’ai fait le bon choix car je suis sûre que je n’aurais pas tenu le cap. Nous sommes sûrs que nous n’aurions pas tenu le cap. J’aurai déprimé comme jamais et je le sais pertinemment, cet enfant n’aurait jamais reçu tout l’amour qu’il aurait dû recevoir de moi, et je pense sincèrement qu’il n’y a eu rien de pire pour un enfant que de ne pas sentir l’amour de la part de celle qui a choisi de vous donner la vie et de vous garder. Cet être aurait grandit avec des questions et de l’amertume plein la tête et le cœur. Et moi aussi. Notre famille ? Elle, elle aurait simplement implosé si nous avions eu un enfant à ce moment là. Ça aussi j’en suis sûre.

Pourquoi ce silence ? Généralement nous n’en parlons pas, en tout cas, je n’en parle pas. Pas parce que j’ai honte de ce que j’ai fait, mais parce que je sais pertinemment que je serai jugée. Jugée et regardée de travers. Jugée et culpabilisée. Culpabilisée et accusée de ne pas avoir pris de précaution sans même en savoir d’avantage comme on accuserait une femme sans certitude d’avoir osé mettre une jupe trop courte après s’être faite agresser. “Forcément tu l’as cherché”. Ce regard immonde qui nous fait finalement nous sentir coupable, sale et inhumaine d’un acte dont nous devrions pas.

IDEE

Donc à tous ceux et celles qui pensent que NOUS, femmes, qui souhaitons garder le droit d’y avoir recours, ne sommes pas assez consciente et assez grande pour savoir ce que nous faisons au point de devoir en faire une loi, vous vous fourrez le doigt bien profond dans l’œil (pour rester poli). Nous sommes parfaitement conscientes de nos actes et de ses conséquences et nous les assumons.

Si vous pensez réellement que la majorité des femmes qui ont avorté voit cette solution comme un moyen de contraception vous n’êtes clairement jamais passé par là, car en plus d’un choc physique (d’autant plus si par malheur vous tombez sur des professionnels contre l’avortement, alors la, bonjour la cata) car non, il n’y a RIEN d’agréable de faire une fausse couche (ou alors de se faire trifouiller l’utérus les jambes en l’air), le choc est aussi psychologique, émotionnel. Vous ne le voyez pas, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas là, puisque NON, on ne va pas le crier sur tout les toits. Pour aucune femme ce choix est anodin. Mais on continue à avancer comme tout le monde. A petit pas, on écrit de nouvelles lignes, on remplit de nouvelles pages de notre vie sans oublié le passé, mais en nous tournant vers l’avenir.

Quand vous êtes passée par là une fois, vous ne voulez, pour rien au monde, y retourner et peut-être qu’une EXTRÊME minorité de filles/femmes voit cela comme un moyen de contraception, mais ne serait-il pas plus judicieux d’éduquer les adolescents (ou encore certains adultes mal informés) sur les moyens de contraception plutôt que de tout interdire ?

Nous avons parfaitement conscience que nous mettons un terme à une vie possible mais nous avons aussi conscience que nous allons possiblement donné la vie et ce choix n’est pas anodin non plus (surtout quand cela n’a pas été désiré). Et par chance, nous avons à ce jour encore la possibilité de choisir et si nous souhaitons mettre un terme à cela, nous avons des délais pour le faire dans des conditions saines pour nous les femmes et indolores pour le fœtus ( un fœtus ne ressent de la douleur qu’à partir de la 26ème SA, or les interruptions de grossesse sont limitées jusqu’à la 12ème SA en France). Contrairement à ce que peuvent penser certains, nous pensons aussi à l’être qui évolue dans notre corps. Nous pensons à son possible avenir. Mais quand on ne voit que du noir et de la détresse, comment pouvons-nous envisager de réserver un tel futur à cet être ? Le mettre au monde c’est aussi l’obliger à vivre une vie qu’il n’a jamais demandé et je ne me voyais pas lui imposer une vie comme cela (et je pense que c’est aussi le cas de beaucoup de femmes). Non, je n’avais pas le droit de lui faire cela non plus.

droit

Le droit à l’IVG n’est pas un caprice. Le droit à l’IVG est MON DROIT. Le droit à l’IVG n’est pas négociable. LE DROIT À L’IVG EST NOTRE DROIT. À TOUTES.

S’il vous plaît, si vous êtes en âge de voter, ne vous abstenez pas car ceux qui soutiennent les personnalités politiques qui pourraient mettre à mal nos droits et les plannings familiaux eux ne vont pas s’abstenir. Même si, je m’en rend bien compte, le choix sera compliqué, on ne doit pas perdre de vu que les droits que des femmes et certains hommes ont réussi à obtenir pour nous, les femmes, ne tiennent plus que sur un fil.

DETRESSEIVG

Pour toutes celles en détresse ou qui souhaitent simplement s’informer d’avantages que ce soit sur l’IVG ou les différentes contraceptions possibles,je vous recommande fortement de vous tourner vers le planning familiale le plus proche de chez vous:

- Le site du Planning familial : http://www.planning-familial.org/
- Le site officiel du gouvernement : http://www.ivg.social-sante.gouv.fr/

!! ATTENTION !! N’ALLEZ SURTOUT PAS SUR LE SITE IVG.NET qui est tenu par des ANTI-IVG donc qui ne seront PAS DU TOUT objectif par rapport à votre situation et à la réalité des choses.

Sur ce (j’espère ne pas avoir perdu trop de personnes en cours de route) je vous souhaite d’essayer de passer une bonne soirée ou bonne journée et très certainement à bientôt (car j’ai envie de reprendre ce blog au final – mais avec des articles plus superflues et plus joyeux, comme avant, parce que mine de rien, c’est très difficile et assez épuisant émotionnellement d’écrire ce type de message).

NB : je n’interdirai pas les commentaires d’anti-IVG si l’échange se fait dans le calme, mais tous messages virulents, insultants et haineux sera tout simplement supprimés (par ailleurs, si un message anti-IVG vous donne envie de sortir les griffes, ne sautez pas non plus à la gorge de la personne s’il vous plaît, restons civiliser :))

ps: j’ai écrit ce poste assez rapidement, sans forcément prendre le temps de bien me relire donc s’il y a des fautes et autres, je m’en excuse d’avances. Par ailleurs, je tiens à m’excuser auprès de certaines personnes que je n’ai pas mis dans confidences, mais on se voyait tellement peu que je ne voulais pas gâcher nos moments ensembles avec des sujets tristes (les personnes concernées se reconnaitront :) ) .

4 Comments on “Ma voix, mon corps, mon choix

  1. Ma chichi, je savais que pour ta louloute, c’était un accident. Vous avez décidé de la garder et c’est très bien. Quand je te vois avec elle, je me dis que même si c’était pas évident, la joie qu’elle t’apporte est un petit rayon de soleil pour ceux qui te suivent. Mais, j’avoue aussi que j’aurais compris que tu décides de faire une IVG à ce moment-là. Je ne juge pas à ce niveau-là. Jamais. C’est ton corps, ta vie, ton choix. D’autant plus que tu parles très bien dans ton article du choc que cela produit et que non, ce n’est pas un choix anodin comme on décide d’aller s’acheter une chocolatine parce qu’on en a subitement envie.

    Pour le second petit bout, même discours. Tu me sembles avoir bien réfléchi et surtout penser à ta famille. Rendre malheureux quatre personnes… A quoi bon. Je ne peux pas imaginer ce que tu as ressenti, je n’oserais pas me mettre à ta place, mais je comprends.

    Concernant l’IVG en général, j’ai peur. Parce que ce sont des hommes qui décident de notre corps. Il y a peu encore en France. Et je suis en colère contre ses femmes qui doivent nous représenter et qui ne sont jamais là pour ces sujets-là. Nous vivons toujours dans un monde d’hommes… On peut aussi citer le prix des protections hygiéniques qui contrairement au rasoir pour les hommes ne sont pas des nécessités… Bref…

    Je trouve bien que tu ais décidé de parler. J’espère que tu n’auras pas trop de retour violent et si jamais c’est le cas, perso, je suis là si besoin ;) Des gros bisous ma chichi.

    • Coucou Cassy (oui, j’arrive pas à t’appeler Florence ^^” ) , moi aussi cela m’effraye. Le futur de ma fille m’effraye mais j’essaye de rester positive et de me dire que quelques hommes ne peuvent pas faire la loi pour tout un peuple, en tout cas, pas éternellement et qu’un jour, la roue tournera.
      Plein de bises à toi :)

      ps: je n’ai eu que des retours encourageants sur les réseaux sociaux ou par e-mails donc ça va, je suis rassurée :)

  2. Je t’envoie de l’amour. Beaucoup d’amour et de bienveillance.

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